C'est probablement ma dernière semaine au lycée. Au vu des coups d'½il que me lancent les professeurs, ils doivent être au courant. Ils me fixent de travers ou me jettent des regards noirs. Je me contente de leur sourire. C'est en quelque sorte une victoire. La plupart pensait que jamais nous ne parviendrons à réussir quoi que ce soit, résultat, c'est l'inverse qui se produit.
Mais évidemment, quelque chose vient perturber ce bonheur. J'ai passé énormément de temps en dehors des cours avec Ewan, à parler de la suite qui attend le groupe. Et ça, tout le monde l'a remarqué. J'ai de nouveau le droit à des humiliations comme ''T'as vu ? Elle sort avec un pédé !'' ou ''A ton avis, ils le font dans les toilettes des hommes ou des femmes ?''. A un moment, j'ai cru que j'allais en taper un mais mon petit ami m'a retenu de justesse.
Mais aussi, la nouvelle comme quoi nous allions abandonner le lycée s'est vite répandue, ceci n'a fait qu'amplifier la jalousie des autres élèves. Néanmoins, dans quelques jours, je ne serais plus parmi eux, j'en serais débarrassée alors je reste sereine.
Je suis en train d'attendre dans le couloir que le cours débute lorsque Caroline vient me trouver avec Élodie.
- [Caroline] : C'est vrai que tu vas quitter le lycée ?
- [Moi] : Je suis flattée que tu montres un minimum d'intérêt à mon égard, Caroline !
- [Caroline] : Je cherche pas à me disputer. C'est seulement que cette rumeur circule dans l'école et je voulais savoir si c'était faux ou pas.
- [Moi] : Je peux te le dire. Non, c'est vrai. Ma scolarité au lycée va bientôt s'achever.
- [Élodie] : Super, tu vas enfin dégager d'ici.
- [Moi] : Oui. Ce qui me permettra de ne plus avoir des têtes d'abrutis sous les yeux tous les jours !
Élodie ne répond rien et se met à faire comme si je n'existais pas.
- [Caroline] : T'arrêtes les cours pour te consacrer à la carrière de votre groupe ?
- [Moi] : Exactement. C'est agréable de penser qu'on va accomplir des choses, qu'on a une chance de percer dans l'univers musical alors que la majorité des gens croient qu'on arrivera pas.
Prends ça dans les dents. Je ne peux m'empêcher de narguer Caroline, Élodie et tout ceux qui se trouvent dans les parages. Mais Élodie plante son regard dans le mien et me demande.
- [Élodie] : Alors, tu sors avec l'émo ou pas ?
- [Moi] : En quoi ça te concerne ?
Je me suis redressée, mon corps est contracté et je sens le sang battre à mes oreilles.
- [Élodie] : Je sais pas, vous avez l'air très proche tous les deux.
- [Moi] : Sache que ce n'est pas parce qu'un gars et une fille s'entendent bien qu'ils sortent forcément ensemble.
- [Élodie] : Pourtant, c'est pas l'impression qui se dégage lorsqu'on vous voit. Et puis, vous avez l'air de plus que mieux vous entendre.
- [Moi] : Tu sais quoi ? Je m'en fous de ce que tu penses. Crois ce que tu veux et va voir ailleurs si j'y suis.
- [Élodie] : Bon, j'y vais Caro. Décidément, il y a des personnes que je ne pourrais jamais supporter.
Élodie tourne les talons et part. Caro m'adresse un regard comme si elle me disait adieu puis va rejoindre l'une de ses amies.
La journée est une catastrophe. Les esprits sont échauffés. Je me fais insultée, poussée dans les couloirs, on tente de me faire tomber. Le pire, c'est lorsqu'ils s'attaquent à Ewan. Lui et mes amis, qui sont eux-mêmes persécutés, essayent de me calmer mais sans grand succès.
J'attends 17h00 avec impatience. Lorsque sonne enfin la sonnerie libératrice, je me dépêche d'enfouir mes affaires dans mon sac et une fois de plus, j'entends des remarques. Ils chuchotent mais parlent assez fort pour que je les perçoive :
- A ton avis, qu'est-ce qu'elle va aller faire après les cours ?
- Probablement deux ou trois interviews.
- Moi j'ai une meilleure idée : elle va aller jouir sur sa guitare.
- Non, je dirais plutôt aller se branler avec son mec ou sa nana, je ne sais pas trop.
Et ils explosent de rire. Je fais comme si j'étais sourde, je garde la tête baissée en essayant de contenir la fureur qui s'empare de moi, commençant au niveau de la poitrine et se répandant dans chaque parcelle de mon corps.
Je sors de la classe, en esquivant une fois de plus les méchancetés qui pleuvent. Je savais que les gens pouvaient être cruels, mais à ce point là, on atteint le summum. Je passe à côté d'un garçon, qui me bouscule volontairement, donnant lieu à une série de pouffements.
Je n'en peux plus. Je me dirige vers les toilettes de filles, là où j'aurais un minimum d'abri.
Je verrouille la porte à double-tour, ferme la cuvette des wc et m'assois dessus. Et mon visage commence à ruisseler de larmes.
J'en ai marre. Je suis fatiguée. Depuis que le lycée est au courant pour notre groupe, ma vie dans ce lieu est devenue un véritable enfer. Au vu de mon caractère, les gens pensent que je suis forte, que rien ne m'atteint, que je réponds avec une facilité déconcertante aux attaques, que jamais je ne plie.
Mais ce n'est pas vrai.
Parce que dans le fond, je ne suis pas la personne que je semble être. Ces remarquables, ces regards, ces chuchotements, ces rires ne rebondissent pas sur moi. Non. Ils pénètrent ma carapace et prennent un malin plaisir à me brûler de l'intérieur.
Car au début, je me suis protégée sous un cocon rassurant. Je me suis mise à être quelqu'un d'autre pour m'imposer au monde extérieur, tout en sachant encore qui j'étais réellement ; puis petit à petit, l'image de cet individu que je renvoyais aux autres, j'ai fini par y croire. Croire que c'était moi. Alors qu'il en est rien. Mais maintenant, faire semblant, est devenu quelque chose de naturel.
Je suis en train de déverser le surplus de pression que j'ai encaissé ces derniers jours. Quand je sens que cela va un peu mieux, je sors de la cabine et me dirige vers les glaces. J'ai les yeux rouges, mon maquillage a coulé, laissant place de nombreuses traces noires.
J'essaye de me remaquiller tant bien que mal, afin de retrouver une meilleure mine. Lorsque j'ai fini, je regarde le résultat dans le miroir. Cela pourrait être pire.
Je m'apprête à sortir mais c'est à peine si je ne me prends pas la porte en pleine face. Cette ouverture quelque peu brutale laisse entrevoir une assez grande jeune fille, châtain foncé, des yeux aux couleurs vert, bleu et jaune.
- [Elle] : Oh désolée. J'aurais du faire attention !
- [Moi] : Non, y'a aucun mal.
Je la contourne et je suis sur le point de quitter la salle lorsqu'elle me saisit par le bras. Je sursaute et me dégage violemment de son étreinte.
- [Elle] : Excuse-moi, je voulais pas te faire peur.
Je la fixe en fronçant les sourcils.
- [Moi] : Non, c'est bon.
La jeune fille me regarde en penchant légèrement la tête sur le côté.
- [Elle] : Ca va ?
- [Moi] : Oui, oui !
- [Elle] : T'es sûre ?
- [Moi] : Tu crois que je vais te raconter ma vie ?
- [Elle] : Non. C'est juste que t'as l'air malheureuse.
- [Moi] : J'ai rien à te dire. Je fais plus confiance à personne.
J'avance de quelques pas mais sa remarque stoppe.
- [Elle] : Je te comprends.
Je me retourne et lui lance d'un ton sec.
- [Moi] : Ah ouais ! Et comment tu peux me comprendre ?
Elle se prend pour qui ? Juste parce que je suis une ''star '', qu'elle a entendu tout et n'importe quoi sur mon compte, elle se croit tout permis ?
- [Elle] : Mon père est patron d'une grande entreprise. Et l'année dernière, lorsque j'étais en seconde, il y a eu un boum à la bourse de Paris et son industrie a gagné beaucoup d'argent. La nouvelle s'est vite propagée au lycée et je me suis faite envier et insulter car on pensait que j'allais étaler aux yeux du monde ma richesse.
Je commence à m'adoucir mais je reste néanmoins vigilante. Comment savoir si cette fille est sincère ?
- [Elle] : Je sais ce que tu vis. Tu te sens seule, abandonnée, t'as l'impression qu'en un instant, tout ton univers s'est envolé. Les gens que tu pensais être tes amis deviennent soudainement le contraire, tu voudrais leur faire comprendre que tu n'as pas changé mais ils restent sourds à tes appels. Ils te regardent avec dégoût, car ils pensent que toi, tu as tout ce qu'eux n'auront jamais.
Je reste abasourdie par ces paroles. J'ai l'impression qu'elle lit en moi comme dans un livre ouvert. Elle vient de retranscrire avec des mots ce que je ressens depuis plusieurs jours.
- [Moi] : Jamais... Jamais quelqu'un de m'a comprise avec autant de précision.
Elle s'approche de moi.
- [Elle] : Tu vas probablement penser que ça fait cliché ce que je vais dire mais tu verras avec le temps, tu ne feras plus attention à ces critiques. Elles vont devenir une sorte de routine dont t'oublieras vite la présence.
- [Moi] : J'espère que t'as raison.
- [Elle] : Au fait moi c'est Malory.
- [Moi] : Et moi Lili, mais je pense que tu le savais déjà.
Nous nous sourions. C'est bizarre mais je me sens bien avec cette fille, comme si je pouvais lui accorder toute ma confiance.
Nous quittons le lycée en parlant de tout et de rien. Je retrouve le sourire et toute ma douleur s'est dissipée.
- [Malory] : Je vais prendre mon bus.
- [Moi] : Ok.
- [Malory] : Je sais que on se connait à peine mais voici mon numéro.
Elle sort un cahier de son sac, déchire un morceau de papier, griffonne son numéro et me le tend. Ensuite, j'écris à mon tour le mien sur son carnet.
- [Malory] : J'espère à demain.
- [Moi] : Moi aussi. Bye !
- [Malory] : Bye !
Je rentre chez moi, le c½ur plus léger. Quand je pénètre dans le salon, je trouve ma mère attablée à la table, en train de compléter des feuilles.
- [Moi] : Salut.
- [Isabelle] : Salut. J'ai reçu le dossier du CNED, je suis en train de le remplir et demain je l'envoie.
- [Moi] : Génial !
Je monte jusqu'à ma chambre et commence à faire mes devoirs.
Bientôt le délivrement...
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Bonjour, bonjour !
Désolée, le moral n'est pas encore là mais chose promise, chose due !!! Le chapitre 40 est bien là, beaucoup plus long que le précédent =D
Un chapitre qui se veut un peu plus ''sombre'', où Lili finit par craquer sous la pression et qui